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09 febbraio La nostalgie de NeuillySi, si, moi, la petit Cachannaise, j'ai la nostalgie d'une ville de riches.
Comment est-ce arrivé, me direz-vous ? On ne peut avoir la nostalgie que de ce qu'on a connu.
Hélas, messieurs, mesdames, j'ai eu le malheur de goûter à ce luxe.
Deux semaines complètes. Une aubaine, un coup de bol ? Non, bien pir !
Un ami qui pensait bien faire. "Je pars à Banckok pour deux semaines, mon appart est à toi".
Et me voilà projetée dans la ville, avec sac de voyage et chat sous le bras (et un peu d'huile de coude car je connais mon ami et l'appart devra souffrir d'un coup de propre).
A peine installée, je sens déjà le virus me gagner.
Je m'y sens bien. J'adopte les bruits environnant, la chaleur du chauffage au sol qui envahit tout l'appartement. Je fantasme déjà (tout en frottant) sur les bains parfumés qui m'attendent au fond de la baignoire...
Dès la première nuit dans mes draps frais, je suis perdue.
Dès le premier matin où j'arrive après seulement vingt petites minutes au travail, avec un peu d'avance sur l'horaire d'ouverture du cabinet, je suis perdue.
Dès le premier soir où je sors tard du travail et me retrouve en quatre stations de métro aux pieds de mon nouveau home, je suis perdue.
Pendant deux semaines, j'ai savouré chaque instant dans cette ville où je me projetais si bien, rêvant même que mon ami pourrait ne plus jamais revenir.
Et c'est en devant la quitter le temps d'une après-midi pour aller chercher des affaires propres dans mon vrai chez-moi que j'ai pris conscience de l'aversion que j'éprouvais pour mon propre lieu de résidence.
Cachan, ma ville fantôme, ma désespérante, ma grise, ma ville incolore et sans saveur.
Ses rues, son RER sale et toujours en retard ou en grèves.
Son centre ville ghettoïsé.
Même en franchissant la porte de chez moi, même en retrouvant les objets, les meubles qui font de mon nid un endroit douillet luttant contre le gris des murs de ma ville, même en cet instant, je ne pensais qu'à retourner vite, très vite, dans le petit appart de mon ami.
C'est là que j'ai compris que je ne pouvais, non ne voulais plus me forcer à vivre dans cette ville où je n'ai jamais trouvé ma place. Que ce n'est pas tant Neuilly que j'aime, mais le fait que ce soit un ailleurs.
Quoi qu'en toute honnêteté, le charme de Neuilly, même avec ses dames haute-coutures, ses ados trop mode, ses petites grands-mères à Youki, m'a envouté.
En balade, j'ai parcouru ses rues, j'ai regardé haut, j'ai senti que tout mon être disait "oui, je vivrai bien ici".
Je m'embourgeoise, me direz-vous.
Et pourquoi pas ?
N'aurais-je pas le droit de rêver de vivre ailleurs que dans ma banlieue dortoire ?
N'aurais-je pas le droit de ne plus m'enfermer dans le RER pour mes deux heures de trajet quotidiennes ?
Est-ce que ça changerait ma nature profonde que de vouloir vivre dans un endroit qui me plait ?
Est-ce qu'un peu de confort de vie me rendrait mauvaise ?
Alors, oui, ce soir, en rentrant dans ma ville, j'ai eu un pincement au coeur en pensant à ce petit morceau de vie simple que j'ai vécu pendant deux semaines.
Et j'ai la nostalgie de Neuilly.
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